Ben l’Oncle Soul, un soulman au Fenua


Ben l’Oncle Soul, un soulman au Fenua
5/5 - 1 vote(s)

En un peu plus de huit années et trois albums, Ben l’Oncle Soul et sa voix ensoleillée ont su apporter un grand vent de fraîcheur et de rythme soul à la scène musicale française. Lorsque nous l’avons rencontré, l’artiste, en pleine préparation d’un nouvel album dont la sortie est prévue courant 2019, venait juste de descendre de l’avion pour donner un unique concert à Tahiti. Il nous a laissés entrer dans son univers à la musicalité pleine d’humour, d’élégance et de joie de vivre.

Quelles ont été tes toutes premières impressions de Tahiti ?

Ben l’Oncle Soul : Je suis sensible aux vibes déjà, donc de suite j’ai trouvé l’endroit très peace, très calme, très cool. Et puis on a eu la chance d’être accueillis dès l’aéroport par un groupe de danseurs ; ça invite d’emblée au cœur d’un univers ancré dans une culture, quelque chose de fort.

Tu ne connais pas la Polynésie, en revanche tu as l’habitude des tournées dans les îles… Justement, les îles ça représente quoi pour toi ?

C’est vrai que la culture polynésienne, je ne la connais pas beaucoup mais j’y suis particulièrement sensible parce que je suis originaire des îles, avec un papa de Martinique. Et les îles, c’est une culture à part entière. D’ailleurs chaque île a sa culture, son énergie, ses fruits, ses fleurs, sa lumière, son sable… C’est aussi un système un peu différent : je dis souvent que sur une île on se recroise tout le temps, en Europe peut-être un petit peu moins, du coup ce n’est pas forcément la même manière de parler, d’affronter les problèmes… parce qu’il ne faut pas qu’il y en ait très longtemps ! En tout cas, je ne sais pas comment ça se manifeste exactement (ce serait plus aux autres de me le dire), je n’en suis pas complètement conscient, mais les îles ça fait partie de moi, c’est sûr !

Ta tournée était finie depuis février, mais tu as quand même accepté cet unique concert au Fenua, ton seul voyage de l’été. Pourquoi ?

En ce moment, je suis en train de travailler sur un nouvel album donc on est vraiment en vacances là. Du coup, on a refusé tous les concerts de l’été… ou plutôt on a dit qu’on n’était pas disponibles pour cette période (Ben l’Oncle Soul est venu accompagné de sept musiciens pour cet événement exceptionnel à Tahiti, NDLR). Mais bon, Tahiti, c’est une destination à laquelle on ne s’attendait pas, qui nous propose vraiment quelque chose : c’est paradisiaque, il faut bien le dire. C’est un cadre de rêve, qui ne se refuse pas, pour notre seul voyage de l’été.

Pour toi, la Polynésie est plutôt évocatrice de jolies vahinés, d’îles désertes, de plages du bout du monde, de ukulélé ? Qu’en connaissais-tu ?

Pour moi c’est d’abord l’île du surf, l’île du vent. La nature est luxuriante, les éléments sont puissants. En fait, je ne connais pas très bien le surf mais je crois qu’avec les surfeurs on a beaucoup de valeurs en commun, en tout cas il me semble. Je me sens proche de l’écologie, des éléments et de la mer, comme eux.

Je fais désormais partie de Surfrider et j’essaie d’être acteur aussi de l’entretien et de la sauvegarde des océans pour qu’ils soient en bonne santé, pas trop salis, pas trop détériorés… La mer, la mama, pour moi c’est sacré. Du coup, j’ai bien envie d’aller voir cette fameuse vague de Teahupoo… même si je ne sais pas la surfer ! Je n’ai jamais appris, mais je la trouve fascinante et je sais qu’il y a une grosse houle en ce moment… Pour le reste, on utilise souvent l’expression « bout du monde » en parlant de la Polynésie parce que nous on est en France et du coup c’est à 22 heures d’avion, autrement dit radicalement à l’opposé. Mais pour moi, ce n’est pas du tout le bout du monde, c’est plutôt le commencement du monde d’une certaine manière. C’est beaucoup plus « nature » ici qu’en Europe : le bout du monde ce serait plutôt la ville pour moi et à l’autre extrémité, celle des origines, la nature. C’est ce que représente essentiellement la Polynésie à mes yeux.

Est-ce qu’on peut s’attendre à une inspiration polynésienne sur une prochaine chanson, un prochain album ?

Peut-être… qui sait. En fait ça pourrait être dans la continuité de choses que j’ai déjà faites avec du ukulélé. Avant même de venir ici, j’en avais déjà acheté un en Australie, il y a plusieurs années, et d’ailleurs je l’ai déjà utilisé dans plusieurs chansons. Sur le prochain album, on le retrouvera encore sur un titre qui s’appelle Call Me. Je trouve que cet instrument crée une harmonie qui résonne et qui ouvre les chakras. Et puis j’aime bien son côté convivial ; c’est petit, ça se range dans un sac, ça se joue au bord de la mer, en plein air, à plusieurs, autour d’un moment sympa… Alors oui, on pourrait certainement retrouver un peu de tout ça dans de prochaines compositions encore.

Quelles sont tes grandes influences musicales ? Tu as eu l’occasion d’écouter un peu de musique locale ?

Assez peu je dois dire franchement. J’avoue que je suis bien ancré dans ma culture afro-américaine, les musiques noires d’une manière générale. Après, c’est vrai que j’aime beaucoup et que j’ai toujours été très touché par Israel Kamakawiwo’ole, qui a fait des reprises aussi de standards de la musique noire américaine, des chansons qui ont été chantées par Nat King Cole et compagnie, avec le ukulélé et beaucoup de sonorités polynésiennes dans sa voix angélique… Voilà, donc j’ai un univers de prédilection, mais je reste ouvert et surtout je fonctionne au coup de cœur. Il y a de la musique malienne que j’aime énormément aussi, par exemple. En fait, il y a de la musique que j’aime un petit peu partout : j’ai rencontré des Gnaouas, j’adore leur musique et leur rythme. La musique est un échange, on n’est pas obligé de tout prendre. Moi je reste ouvert à la culture et au partage d’abord.

L’idée même du voyage, ça représente quoi pour toi ?

Je suis un grand voyageur de par mon métier pour commencer, car on voyage tout le temps pour faire des concerts, jouer de la musique. Et c’est quelque chose qui me nourrit vraiment. Le voyage ouvre les esprits et réveille en moi beaucoup de curiosité là où parfois, dans notre quotidien, on en manque un petit peu. On apprend à savoir un peu plus qui on est en se frottant à différentes perceptions des choses et de la vie. Le voyage m’a appris à devenir un homme conscient, de ce que je connais, de ce que je ne connais pas encore… Il y a toujours de la surprise, ça met beaucoup de mouvement… ça éveille en fait, dans tous les sens du terme.

Tu te verrais éventuellement vivre dans un lieu comme le Fenua ?

Pour l’instant je suis un mec qui reste en mouvement justement, je n’essaye pas forcément de poser mes valises quelque part. Je passe beaucoup de temps dans la Caraïbe depuis quelques années, mais sans forcément avoir envie d’acheter de la pierre jusqu’à présent ou avoir un lieu à moi. En fait, je vais là où mon cœur me dit d’aller, mais c’est sûr que quand on a un coup de cœur pour un lieu insolite ou qui réveille des choses profondes, il faut aller creuser, donc il faut y rester un peu plus longtemps, faut discuter avec les gens… essayer de comprendre pourquoi ça nous parle, parce que j’imagine qu’il n’y a pas que des côtés idylliques sur cette île. Pour l’instant, si ça résonne en moi c’est parce qu’elle est pleine de vibrations positives, qu’elle est en lien avec le contact humain, qu’il y a une certaine forme de tranquillité qui m’apaise beaucoup… Et puis après, c’est l’océan Pacifique et si ça s’appelle « pacifique » ce n’est pas pour rien. J’imagine qu’il y a une sorte d’harmonie .

Que veux-tu emporter dans tes bagages lorsque tu nous quitteras ?

D’abord, je repartirai forcément avec des perles parce que partout dans le monde on connaît aussi la Polynésie grâce à elles. Ça peut être un cadeau sympa à offrir à une femme… Mais j’aimerais bien repartir aussi avec de belles conversations, un bel échange avec des gens d’ici et peut-être avec un coucher de soleil ou deux. Je sais que le concert sera aussi un moment important, pour moi et pour le public également j’espère.

Propos recueillis par Virginie Gillet