La Côte Est de l’île de Tahiti, la « côte sauvage »


Elle a donné son nom à notre pays et est à l’origine d’un mythe, celui d’un paradis terrestre : Tahiti ! Un nom, certes, mais avant tout une île, la plus importante par sa superficie, la plus haute et la plus peuplée. Nous vous en proposons une découverte ou une re-découverte avec ici un itinéraire sur sa côte Est.

Fin de journée à Orofa ra près de Mahina. Le lieu est prisé pa r les surfeurs pour ses vagues. - © P. Bacchet
Vue du littoral des district s de Mahina et Papenoo, dominé pa r le mont Orohena (2241 m) - © P. Bacchet
Le site des trois ca sca des à Tiarei - © D.Hazama

La côte sauvage

La côte Est de l’île de Tahiti, désignée aussi comme la « côte sauvage », présente une physionomie très différente de sa consœur ouest. Ici, pas ou peu de récif. Le basculement des flancs nord et sud du bouclier volcanique de l’île, des centaines de milliers d’années auparavant, en est la cause. Côte au vent, et aussi plus « arrosée », elle offre des rivages rocheux balayés par les vagues mais aussi de belles plages de sable noir et de galets. Le ciel y joue d’alternances lumineuses, entre plein soleil et ondées, atmosphère brumeuse et arc-en-ciel. Cette côte est enfin à prédominance rurale et, contrairement à Papeete et à la côte Ouest plus urbanisée, le temps semble s’y être arrêté…

Mais commençons notre périple. Une fois passée la plaine littorale, qui s’étend à l’est de Papeete, occupée par les communes de Pirae et Arue, un obstacle naturel oblige la route à franchir un col situé à quelques dizaines de mètres au-dessus de la mer. C’est la pointe du Tahara’a, reste d’un petit volcan dit « adventif » né des dernières éruptions sur la périphérie de l’édifice principal de Tahiti Nui. Au pied de la falaise s’étend la baie de Matavai, lieu historique de la rencontre entre deux cultures à la fin du XVIIIe siècle : la polynésienne et l’européenne. La vie des Tahitiens, qui se convertirent au christianisme dans les décennies qui suivirent, allait alors en être profondément transformée.

Vue d’ensemble de la côte Est : de l'isthme de Taravao (à l’extrême gauche de l’ima ge) à la Pointe Vénus à Mahina ( à droite). On note l'absence de récif-ba rrière entre Mahina et Hitia'a - © P. Bacchet

Mahina

La baie de Matavai est bordée dans sa partie orientale par une langue de terre que délimite une très belle plage de sable noir, aujourd’hui lieu de détente privilégié des habitants de la commune de Mahina, la pointe Vénus (voir encadré). C’est un point d’arrêt obligé quand on veut faire le tour de l’île. En 1769, les scientifiques de la première expédition l’avaient en effet choisi pour effectuer leur observation du passage de la planète du même nom devant le soleil. Aujourd’hui, le phare construit en 1867 darde ses rayons lumineux en direction de l’horizon pour la sécurité des navires. La petite ville de Mahina est la principale localité de la côte Est. La pointe Vénus et le littoral accueillent une grande partie de ses quelque 15 000 habitants. S’inscrivant dans le décor grandiose des plus hautes montagnes de Tahiti, des lotissements ont aussi investi discrètement les pentes. Depuis la plage, dominant l’île, on peut apercevoir ses trois principaux sommets qui culminent à plus de 2000 mètres, l’Orohena, Pito Iti et l’Aorai (voir encadré randonnées). Mais poursuivons notre route du tour de l’île. Voici, côté montagne, la vallée de Tuauru. ’uru en tahitien signifie le fruit de l’arbre à pain. En 1788, le capitaine Bligh et l’équipage de la célèbre Bounty étaient venus chercher des plants dans cette vallée pour les transporter aux Antilles. C’était le but de leur expédition. Cette vallée, autrefois très habitée, recèle aussi de nombreuses structures archéologiques souvent cachées dans la végétation mais aujourd’hui en voie d’identification. Elle est aussi connue pour ses orgues basaltiques, des formations géologiques spectaculaires composées de colonnes prismatiques qui viennent agrémenter par endroits les rives de la rivière.

La Pointe Vénus, dans la Baie de Mata vai (Mahina) avec son célèbre phare. - © P. Bacchet
Torrent de la côte est de Tahiti - © D.Hazama
La plus grande vallée de Tahiti et sa rivière ; la Papenoo. - © P. Bacchet
La plus grande vallée de Tahiti et sa rivière ; la Papenoo. - © P. Bacchet
Haute vallée de Papenoo : des sites archéologiques ont été restaurés et peuvent être visités. - © D.Hazama

Papenoo

À quelques kilomètres de là, après le PK 14 et le très joli point de vue de la pointe Tapahi, juste après le village d’Orofara, débute véritablement cette côte au vent différente du littoral nord et de la côte Ouest. Ici, pas ou peu de lagon. Et une plaine littorale étroite. Sans récif, la houle y déferle sur un littoral rocheux émaillé ça et là de plages de galets. Voici la commune de Papenoo et ses spots de surf, surtout fréquentés de novembre à avril quand la houle est favorable. Papenoo est la première des quatre petites localités qui composent les communes dites « associées » de Hitia’a o te ra, nom signifiant en langue tahitienne « la terre du soleil levant ». Papenoo accueille plus du quart de la population de 10 000 âmes réparties dans un habitat dispersé sur une quarantaine de kilomètres de littoral et dans quelques vallées. C’est d’ailleurs dans l’une d’entre elles, au PK 17, que débouche la principale rivière de l’île qui draine toute la caldeira de Tahiti Nui et sur laquelle, du fait d’une forte pluviosité, ont été aménagés des barrages. Sur sa rive droite débute une piste 4x4 qui traverse toute l’île de Tahiti avec, à son point culminant, le passage d’un tunnel qui permet de rejoindre la côte Ouest. Avec un bassin versant de près de 90 km2, cette vallée est l’objet de belles randonnées, notamment à travers le parc naturel Te Fa’aiti. Aujourd’hui quasiment vide de population, sauf à son embouchure, elle était autrefois très peuplée elle aussi. On y a découvert de nombreux vestiges de marae et autres lieux de culte et d’habitation. Certains ont été restaurés et font l’objet de visites. L’occasion de découvrir une culture millénaire riche de légendes et de traditions. Mais poursuivons notre chemin. La route de ceinture, sinueuse car suivant un littoral tourmenté se poursuit jusqu’aux environs du PK 22, à l’entrée de Tiarei.

Tiarei

La route de ceinture contournait autrefois la Pointe Arahoho, sous laquelle passe aujourd’hui un tunnel. La circulation automobile étant désormais détournée, un aménagement touristique a été créé afin de permettre confortablement l’observation du mariage de la mer et de la roche qui peut être ici spectaculaire par forte houle. Ce lieu, appelé Le trou du Souffleur (en tahitien Arahoho, signifiant route qui hurle), fait aussi partie du traditionnel « tour de l’île ». La houle pénètre ici dans de mini-tunnels souterrains creusés par l’érosion sous la route et resurgit contre la falaise basaltique dans un souffle très puissant. Le bruit qui accompagne ce souffle est tout aussi impressionnant. Plus la mer est forte, plus le spectacle est grand !

À quelque deux kilomètres de là se tient le site des Trois cascades de Faarumai, dans la vallée de Vaipuu. Ce lieu est l’objet d’une légende traditionnelle, celle qui conte la rencontre de la jeune fille Fauai et de Ivi, le génie de la vallée. Mais le visiter est aussi l’occasion de découvrir de belles chutes d’eau dans un décor végétal luxuriant (pour raisons de sécurisation, le site est actuellement en période de réaménagement ; il peut être plus ou moins accessible). Le tour de l’île se poursuit ensuite tout au long d’une plaine littorale relativement étroite et bordée de belles plages de sable noir, où aboutissent de petites vallées surplombées de plateaux arborés. Un régal pour l’œil. Village campagnard, avec ses nombreux jardins entourant de petites maisons, Tiarei jouxte Mahaena aux environs du PK 31.

Le temple de la loca lité de Mahaena - © P. Bacchet
Page de sable noir à Tiarei - © P. Bacchet

Hitia’a

C’est à Hitiaʻa que le capitaine français Louis-Antoine de Bougainville, dont la relation de voyage fut à l’origine du mythe Tahiti-paradis, débarqua, en 1768, ignorant le passage de l’Anglais Wallis un an auparavant dans la baie de Matavai. Une stèle en bord de route commémore son passage. Il s’agit en fait d’un lieu peu propice au mouillage et l’un de ses deux navires y perdit deux ancres. C’est de là également que partit Ahutoru, que Bougainville embarqua sur son navire pour le voyage retour, et qui fut ainsi le premier Tahitien à découvrir l’Europe. Cette petite localité est aussi connue pour ses lavatubes, tunnels formés par le refroidissement extérieur rapide des coulées de lave il y a des centaines de milliers d’années. L’équipe de l’émission de télévision Ushuaia de Nicolas Hulot y tourna une séquence il y a une vingtaine d’années. Une piste 4x4 (départ au PK 40) permet d’accéder à une randonnée qui s’adresse néanmoins à de bons sportifs et à des randonneurs aguerris. Elle s’apparente en effet parfois davantage à du canyoning qu’à de la véritable randonnée. La présence d’un guide est néeccsaire, la piste n’étant pas balisée et les pièges nombreux. Et voici enfin la vallée de Vaiha, le deuxième grand bassin versant de l’île de Tahiti. À cheval entre Hitia’a et Faaone, une petite commune limitrophe de Taravao et de la Presqu’île de Tahiti Iti (cf Reva Tahiti N° 67), elle est riche de vestiges archéologiques et de plantes endémiques (visites avec guides).

Claude Jacques Bourgeat

L'intérieur de l'île et ses chemins de randonnée. - © D. Hazama
Page de sable noir à Tiarei - © P. Bacchet

Mahaena

C’est la plus petite des localités de Hitia’a o te Ra, mais en son milieu coulent deux rivières qui se fondent en une seule à l’embouchure. C’est aujourd’hui un lieu de baignade et de surf. D’anciens récits rapportés dans le livre Tahiti aux temps anciens évoquent le souvenir – bien avant l’arrivée des Européens à Tahiti vers le XVIe siècle  – d’une surfeuse de légende qui y chevauchait déjà la houle, la jeune Hina Rau’era. Surprenant certes mais pas tant que cela puisque les premiers explorateurs européens n’ont pas manqué de rapporter que les Polynésiens pratiquaient régulièrement cette activité sur de grandes planches de bois…

De façon moins heureuse, ce site fut le décor d’une vive confrontation armée entre troupes françaises coloniales et rebelles tahitiens lors de la guerre franco-tahitienne en 1844. Une stèle en rappelle le souvenir. Un motu, situé à quelques encablures, l’îlot Taaupiri, porte aussi le nom de l’enseigne de vaisseau Max Marie Paul Adrien de Nansouty qui y fut inhumé près avoir été tué lors de cette bataille.

On remarquera plusieurs plantations de fleurs dédiées à la décoration des hôtels à l’entrée de la vallée. Celle-ci offre des possibilités de randonnées sportives avec de nombreux points de vue (guide indispensable).

Montagnes de la côte est de Tahiti - © P. Bacchet
Couché de soleil à Mahina. - © P. Bacchet
La Pointe Vénus, dans la Baie de Mata vai (Mahina) avec son célèbre phare. - © P. Bacchet
La Pointe Vénus, dans la Baie de Mata vai (Mahina) avec son célèbre phare. - © P. Bacchet
Fin de journée sur le motu Au à Mahina. - © P. Bacchet

La pointe Vénus

La majorité des explorateurs de la fin du XVIIIe siècle choisirent comme mouillage la baie de Matavai. Celle-ci représentait un havre suffisamment sûr, puisque protégé par la pointe Te Fauroa, aujourd’hui pointe Vénus. C’est en effet ici qu’accostèrent les expéditions de Wallis, en 1767, et de Cook, en 1769. C’est là aussi que débarquèrent en 1788 les marins du SMS Bounty, célèbre pour sa mutinerie, et dont l’aventure a donné lieu à plusieurs romans et films. C’est là enfin que débarquèrent en 1797 les missionnaires protestants de la London Missionary Society (1797). Dominées par le phare du XIXe siècle, des stèles rappellent le passage de ces trois missions. Cette langue de terre, qui s’avance plein nord dans l’océan, est prolongée d’un récif corallien. Celui-ci est surmonté à l’est par deux petits motu délimitant ainsi une zone lagonaire riche d’une faune marine aujourd’hui protégée.

Randonnées en montagnes et en vallées

Tahiti Nui est dominée par des montagnes abruptes dont les flancs sont découpés par de profondes vallées luxuriantes et inhabitées qui ne se livrent qu’aux visiteurs curieux. Sa côte Est sera pour eux une occasion de découvrir un aspect moins connu de l’île et d’en rapporter des souvenirs originaux. Cette côte est riche d’itinéraires de randonnées allant de la balade de charme à l’ascension de sommet en passant par la marche sportive. De nombreuses sorties ont aussi pour but des bains en rivière, cette eau douce descendant des montagnes étant un moyen agréable de se rafraîchir de la chaleur tropicale. Mais le relief parfois tourmenté, une végétation luxuriante et les surprises d’une météo changeante, notamment à la saison chaude (novembre à avril), obligent à s’y engager avec prudence. La présence d’un guide est souvent indispensable. Notamment pour ceux qui voudraient se lancer à l’assaut de l’Orohena (2 241 m), point culminant de l’île, ou découvrir les lavatubes de Hiti’a ainsi que certaines cascades enfouies dans la montagne et peu indiquées. Mais quels souvenirs pour ceux qui se lancent à l’aventure ! (Renseignements à l’Office du tourisme. Un livre : La Montagne, histoire, nature et randonnées. Paule Laudon. Au Vent des îles).

Sur le sentier du mont Aorai (2066m). - © P. Bacchet
Le site des trois ca sca des à Tiarei - © D.Hazama