Heiva i Tahiti


La fièvre du Heiva

Chaque année en juillet à Papeete

Grande manifestation culturelle associant concours de chant et de danse, sports traditionnels et artisanat, le Heiva I Tahiti est un temps fort de la vie polynésienne. Chaque année, pour sa bonne réussite, des milliers de Polynésiens se mobilisent. Un travail de longue haleine pour offrir à tous de vrais moments de bonheur et proposer en partage une culture vivante et renouvelée. 

Au premier abord, elle n’est pas très visible. Pourtant, dès le mois de mars et parfois bien avant, elle parcourt de nombreux fare – nom désignant la maison en Tahitien – va d’archipel en archipel et d’île en île, se répandant dans toutes les couches de la population du pays. Elle a sous son emprise toutes les classes sociales et toutes les catégories d’âge. Cette force, ce grand élan, c’est la fièvre des préparatifs du Heiva I Tahiti. Chaque année de mi juin à mi-juillet et depuis plus de 126 ans, cette manifestation culturelle est l’aboutissement d’un intense et long travail de préparation qui mobilisera plus de 8 000 Polynésiens.

Pendant de longues heures, auteurs, auteurs- compositeurs, danseuses et danseurs, musiciens, costumiers, artisans, sportifs prépareront, quasi bénévolement, les fascinants spectacles et créations du Heiva I Tahiti. Pour les groupes de danse, il leur faudra confectionner des milliers de costumes. Il leur faudra aussi tous le savoir faire des «mama» pour rassembler puis assembler les milliers de coquillages et de nacres qui seront cousus sur les coiffes des danseuses et les différentes tenues du spectacle.

Dans les îles polynésiennes, les artisans sont à l’oeuvre. Ils sculptent, assemblent, polissent et coupent mettant un point d’honneur à mettre en valeur toutes les richesses naturelles de leurs îles, du plus petit coquillage au plus grand des arbres dont le bois sera patiemment travaillé.

Danseuse ©Nicolas Perez

Ce sont les plus jeunes et quelque part la relève qui ouvriront les festivités avec le Heiva des écoles de danse, le Heiva Tama Hiti Rau début juin. Places Vai’ete et Taraho’i à Papeete. De tous jeunes danseurs de 4 ans montreront ce que peut être l’avenir de la danse traditionnelle. Puis ensuite, les feux des projecteurs seront braqués sur le prestigieux concours de Chants et Danses, sur l’espace scénique de la place To’ata, à Papeete. Pendant ce temps, les artisans exposeront leurs créations et les athlètes se prépareront.

Mais par-delà, la fête et le divertissement à travers la musique – des notions rassemblées dans la signification du mot heiva en Tahitien- , le Heiva I Tahiti est aussi un moment privilégié de confrontations et de compétitions. Les meilleurs artistes danseurs, musiciens, chanteurs et les meilleurs athlètes de sports traditionnels s’affrontent tout en conservant intact le plaisir de communier ensemble dans ce qu’ils aiment.

Danseur ©Nicolas Perez
Tuaro Maohi, ouverture de noix de coco ©Nicolas Perez
Groupe de chant ©Nicolas Perez
Danseur ©Nicolas Perez
Orné de nacre, le somptueux costume d'un danseur de la troupe Toakura, en fait la réplique d'une tenue que revêtaient les deuilleurs dans les temps anciens. ©G. Boissy
Danseur ©G. Boissy

Les festivités du Heiva I Tahiti ne se réduisent pas à une simple exhibition culturelle, elles demeurent pour les Polynésiens, la véritable quintessence d’un patrimoine reçu en héritage qu’ils veulent partager et échanger. Plus que tout autre événement le Heiva I Tahiti est le signe incontestable d’une culture polynésienne vivante et renouvelée qui pousse chacun vers l’effort et le meilleur.

Orateur de Orero ©Nicolas Perez

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Heiva Ori • Le concours de danse

Danseuses ©G. Boissy

Danseuses ©G. Boissy

Pour la beauté de l’art

La préparation d’un spectacle pour le prestigieux concours de danses du Heiva I Tahiti mobilise les énergies avec une ampleur que bien peu soupçonnent. Pour les troupes, composées d’un minimum de 80 membres, le travail est considérable, à tous les niveaux puisqu’il s’agit de création : écriture de l’histoire, création des chorégraphies, de la musique, des costumes et ensuite les heures des répétitions. Pas facile d’organiser tout cela étant donné que les groupes ne sont pas composés uniquement de professionnels et que, bien souvent, leurs membres doivent concilier ce travail avec leurs obligations tant professionnelles que familiales. Leurs quotidiens et leurs priorités familiales sont donc souvent relégués pour certains, au second plan durant trois long mois de préparation et de sacrifices. Et tout ce travail pour à peine quelques heures de spectacle, seulement, avec une représentation, voire deux si le groupe participe à la soirée des lauréats…Un bel exemple d’effort et de volonté pour la pure beauté de l’art.

Selon leurs expériences et selon leurs motivations, la préparation des groupes varie, mais elles se rejoignent cependant sur l’organisation des tâches. A la tête, les ra’atira, ce qui signifie chef en tahitien, sont chargés de rassembler toutes les personnes ressources, les «personnes de savoirs» comme des paroliers, les musiciens, les chanteurs, les chorégraphes, les costumiers, les danseuses et danseurs. Une expérience unique, épuisante et excitante à la fois. Ce qui leur permet d’avancer : la pression ! Pour John Cadousteau, jeune ra’atira de 27 ans du groupe des Tamarii Tipaerui, le «Heiva I Tahiti est une drogue !».

Un immense travail est également nécessaire pour la réalisation des somptueux costumes. Le temps de la soirée, chaque danseur en portera trois différents. le «grand» costume est le plus élaboré. Il comprends obligatoirement un more, une sorte de jupe en fibre de purau, un arbre local. Il faut également une tenue comprenant un pareu ainsi qu’un ensemble «végétal» car composé en grande partie de végétaux fraîchement cueillis. Difficulté supplémentaire : l’utilisation de matière locale est imposé pour une grande partie de ces costumes. L’ensemble végétal reste l’affaire de chaque danseur qui devra aller ramasser tous les ingrédients et les assembler lui-même, un peu avant le spectacle. Selon la complexité du modèle, un costume végétal peut prendre au danseur plus de 10 heures de travail… En dehors de la troupe et dans l’entourage, tout le monde est donc mis à contribution pour que tous soient prêt.

Ces intenses préparatifs sont vécus comme des moments d’apprentissage, de découverte et de partage autour d’une seule et même culture, celle de l’effort. Le stress et la pression accumulée lors des répétitions se transforment en une énergie époustouflante pendant quarante minutes de prestation.

Ces groupes sont composés de familles polynésiennes, d’hommes et de femmes qui oeuvrent bénévolement pour que le spectacle continu mais surtout pour l’amour de leur culture et la reconnaissance d’un patrimoine culturel reçu en héritage. La reconnaissance du public pour un spectacle est à leurs yeux, la meilleure récompense lors du Heiva I Tahiti !

Dès le début du mois de mai, les grands parkings d’hôtels, les salles de sport et les préaux des écoles de la ville de Papeete et de ses environs sont investis. Libres et déserts en soirée, ces espaces goudronnés ou cimentés se remplissent à partir de 18 heures, accueillant alors des troupes de danses et de chants en répétition. Aux quatre coins des villes, retentissent donc les percussions et des voix qui s’échauffent. Tout cela dans la pénombre des lieux insolites : c’est l’appel du Heiva I Tahiti.